Le secret des grands coaches

En ce mois de mai où se dessine le destin plus ou moins heureux des projets sportifs professionnels et où sont décernés titres et honneurs, la responsabilité du manager/coach est systématiquement au cœur des discussions, des analyses et des décisions des observateurs et des dirigeants. Mais mesurer la réussite d’un coach est un exercice difficile compte tenu de la complexité du management des hommes et des conditions nécessaires à cette réussite. Selon moi, on peut essayer de mesurer cette réussite grâce à plusieurs critères :

  • Les titres et succès accumulés
  • L’éclosion et la progression de certains de leur sportifs
  • Le feedback des leur sportifs et collaborateurs
  • La médiatisation et la notoriété
  • L’adaptabilité

Je pense que l’adaptabilité est un vecteur clef et fondamental dans la réussite de tout projet managérial dans le sport, mais aussi dans d’autres domaines professionnels.

MOURINHO, HOAG, VELASCO : TROIS VALEURS SÛRES

À titre d’exemple de réussite, le Portugais José Mourinho est une référence car il a su mener ses équipes vers le succès dans toute l’Europe du football. Portugal, Italie, Angleterre, Espagne, autant d’environnements différents de part leur culture, leur spécificité et leur organisation. Il existe aussi dans mon sport, le volleyball, des références qui m’inspirent au quotidien à travers leur impact managérial et la réussite de leur action. Je pense tout d’abord au Canadien Glenn Hoag, que j’ai eu la chance de côtoyer dans le championnat de France, comme joueur puis comme coach, mais aussi et surtout comme assistant coach sur ma dernière campagne en équipe de France.

Glenn Hoag, vainqueur de la Ligue des Champions avec le Paris Volley en 2001, est aujourd'hui à la tête de la sélection du canada.

Glenn Hoag, vainqueur de la Ligue des Champions avec le Paris Volley en 2001, est aujourd’hui à la tête de la sélection du Canada. (Photo DR)

Après une longue période de succès, marquée notamment par une victoire en Ligue des Champions avec le Paris Volley en 2001, il a intégré le staff de l’équipe de France. Il est ensuite rentré au Canada pour structurer le projet de l’équipe nationale, qu’il dirige toujours, et pris part à des projets de clubs originaux et ambitieux car développés dans des pays mineurs de la planète volley. Il a d’abord managé l’ACH volley Bled, en Slovénie, qu’il a mené jusqu’au Final Four de la Ligue des Champions puis le club d’Arkas Spor, en Turquie, avec lequel il vient de remporter de titre national ! Un modèle de management et d’organisation efficaces. L’Argentin Julio Velasco lui, a été le véritable déclencheur de la domination planétaire du volleyball italien des années 1990-2000. Il est d’abord passé par les clubs avant de prendre en main les équipes nationales italiennes, masculine dans un premier temps puis féminine.

Grâce à Julio Velasco, ici avec l'Espagne, l'Italie a dominé le volleyball mondial dans les années 1990.

Grâce à Julio Velasco, ici avec l’Espagne, l’Italie a dominé le volleyball mondial dans les années 1990. (Photo FIVB)

Couronné de succès, reconnu et respecté par ses pairs pour ses facultés de management et d’organisation, il a ensuite intégré la direction sportive de la Lazio Roma puis de l’Inter Milan dans le football. Une expérience qui lui a ouvert de nouveaux champs de compréhension de l’écosystème sportif et de compétences managériales. Il a ensuite dirigé les équipes nationales de République tchèque et d’Espagne, avant de se lancer dans un challenge très ambitieux : construire et manager le volleyball de haut niveau en Iran. Ce qu’il a fait de 2011 à février 2014. L’Iran, qui n’existait pas au niveau mondial il y a encore six ans, a terminé 6e du mondial en Pologne en septembre dernier… Velasco est aujourd’hui retourné en Argentine pour accompagner une génération exceptionnelle de la sélection de son pays, 11e du Mondial 2014, vers un éventuel succès à Rio 2016.

TRANSPOSER SAVOIR FAIRE ET OPINIONS AVEC TACT ET EFFICACITÉ

Je pense donc qu’un grand coach doit réellement développer une compétence d’adaptation. C’est, à mon avis, ce qui fait la différence entre un bon coach et un grand coach, au même titre que les sportifs d’ailleurs. Un grand coach doit être capable de gérer un projet, une équipe, un staff, dans différents contextes et environnements :

  • Établir une confiance et une proximité en harmonisant culture et usages locaux avec ses propres principes de fonctionnement
  • Construire avec l’intelligence collective grâce à une gestion des égos et une balance des tempéraments
  • Édifier un équilibre des possibles en analysant et en régulant un maximum de scénarios envisageables
  • Bâtir le respect en installant une écoute et un dialogue permanent et avec toute la chaîne de communication
  • Convaincre grâce à un travail transparent et des faits tangibles avec les outils de reporting et de compilation

Ces grands coaches/managers sont des hommes doués d’intelligence et d’humilité, ce qui leur permet de transposer leur savoir faire et leur opinions avec tact et efficacité. Et au même titre que les managers d’entreprises, ils sont peu nombreux à montrer une telle volonté, une telle remise en question. Moi, ça m’inspire !

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